CONCEPTS & REPÈRES

le Moi : une personnalité, un Ego

Le Moi – das Ich en allemand, the self en anglais – est aussi appelé Ego, tant en anglais qu’en français. Selon la théorie psychanalytique, le Moi est agi par les forces du Çadas Es en allemand : la partie pulsionnelle de la psyché humaine, source de la libido (l’énergie psychique), régie par le seul principe de plaisir. La fonction du Moi est d’éviter le déplaisir en obtenant la satisfaction immédiate des besoins. « Si toute la force motrice qui fait se mouvoir le vaisseau est fournie par le Ça, le Moi est en quelque sorte celui qui assume la manœuvre du gouvernail, sans laquelle aucun but ne peut être atteint », disait Sigmund Freud. Mélanie Klein situe la formation du Moi dans les premiers mois de la vie, lorsque l’enfant commence à distinguer la différence entre sa réalité intérieure et la réalité extérieure ; c’est-à-dire lorsque l’enfant commence à éprouver la frustration et la peur qui y est associée. Lié à l’apparition de la conscience réflexive et au développement de l’intelligence, le Moi développe alors des stratégies pour éviter toute peur et toute frustration ; il cherche un profit et il considère autrui comme un objet qu’il lui faut soumettre à la toute-puissance de sa volonté. Freud a montré comment, malgré son désir de toute-puissance, le Moi est obligé de se construire en tenant compte des interdictions du Surmoi – le superego en anglais. Ce dernier représente une sorte d’idéal du Moi, un modèle d’efficacité et de performance qui s’exprime à travers les voix intériorisées des parents et des autres personnes faisant figure d’autorité au cours de l’élaboration du Moi. Le Surmoi permet d’éviter les débordements impulsifs du Ça ; il empêche le Moi de sombrer dans un narcissisme aveuglant et dans un égoïsme dévastateur.

Wilhelm Reich et d’Alexander Lowen ont montré comment le Moi se construit en réaction aux différentes peurs éprouvées par l’enfant au cours de son développement : peur d’être rejeté, exclu, abandonné, contraint, forcé, abusé, humilié, manipulé, trahi, contrôlé, jugé – des peurs qui dérivent toutes de la grande peur d’être anéanti et de ne pas pouvoir exister. Le Moi apparaît donc lié à l’instinct de survie. Il est la personnalité que nous avons construite pour nous adapter aux circonstances de la vie. Comparable à une carapace ou à une armure, cette personnalité s’est développée à la superficie de notre être. Les comportements de défense qu’elle exprime sont censés nous préserver de ce qui pourrait nous mettre en danger. Fuir, se cacher, dissimuler, séduire, attirer, manipuler, s’attacher, vouloir posséder, tenter d’être parfait pour s’imposer, juger, repousser, s’opposer, être en compétition, envahir, agresser, contrôler. La plupart du temps, ces comportements sont des réactions automatiques, résultats de conditionnements. Nous croyons agir librement mais, en réalité, le Moi est programmé pour réagir d’une façon spécifique et répétitive face à chaque type de situation particulière. Malheureusement, les réactions égotiques de notre personnalité finissent par recréer les conditions que nous cherchions à éviter. C’est la base de la névrose. Prenons l’exemple d’une personne qui a peur d’être abandonnée, persuadée de ne pas pouvoir vivre sans le soutien d’autrui. La stratégie névrotique de son Moi consisterait à réclamer sans cesse des preuves d’affection ou à se plaindre pour attirer l’attention. À la longue, ce genre de comportement ferait fuir ceux qui le subissent et, conformément à la logique névrotique, la stratégie mise en place par son Moi recréerait l’abandon redouté. Vivre sous le diktat du Moi condamne à une existence faite de déceptions, de tensions et de conflits.

Bien que les notions de Moi, d’Ego et de personnalité soient synonymes, on peut apporter une nuance dans ce vocabulaire en précisant que, en réalité, le Moi – l’Ego – n’est que l’identification de l’individu à sa personnalité. Dans cette perspective la personnalité apparaît comme l’ensemble des préjugés, des croyances, des schémas de pensée, des caractéristiques psychologiques et des modes de comportements, hérité des ancêtres, conditionné par la culture, forgé par l’éducation et influencé par les expériences de l’individu. Le Moi, quant à lui, n’est qu’une image de la personnalité, une construction mentale qui procure le sentiment d’exister en tant que « personne » – c’est-à-dire en tant qu’entité individuelle et séparée des autres.

La spiritualité hindoue (en particulier l’Advaïta Vedanta : la philosophie de la non-dualité) décrit l’identification à la personnalité comme l’expérience de la dualité. La spiritualité bouddhiste, quant à elle, nous éclaire grandement sur l’inconsistance et l’impermanence de la construction mentale du Moi. Car la pratique de la méditation permet de constater que les sensations, les émotions et les pensées auxquelles nous avons l’habitude de nous identifier ne sont que des phénomènes passagers. Ce que nous appelons Moi n’existe pas en tant qu’entité stable à travers le temps. Ce sont nos capacités mentales de remémoration du passé et d’imagination du futur qui créent cette illusion (maya en sanskrit). Dès que nous focalisons notre attention sur l’instant présent, l’ensemble des souvenirs et des projections que nous appelons le Moi perd sa consistance. C’est la raison pour laquelle les enseignements bouddhistes décrivent l’Ego comme un ensemble de cinq agrégats (skandha) : la forme coporelle (rupa), les sensations (vedana), les perceptions en tant que représentations mentales et concepts (samjna), les formations mentales en tant que conditionnements, motivations et volitions (samskara) et la conscience en tant que connaissance discriminante (vijnana).

On pourrait s’attendre à ce que le sentiment d’être un Moi personnel, identifiable et immuable à travers le temps apporte une forme d’apaisement à l’individu. Or c’est tout le contraire qui se produit : plus l’Ego est puissant, plus la crainte de l’anéantissement est importante. N’oublions pas que la construction du Moi est intimement liée à l’instinct de survie et que, de ce fait, elle se produit en réaction aux grandes peurs existentielles. La logique de l’Ego est une logique névrotique – une logique de peur. Le sentiment d’individualité et de séparation du Moi accroît les différentes peurs de l’individu ; les comportements de défense de la personnalité finissent par provoquer ce qui est redouté ; la tension psychique et physique incite alors à adopter toujours plus de comportements de défense ; et, inévitablement, ces derniers génèrent toujours plus de tension et de stress. Il se crée donc un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Et, plus nous sommes aveuglés par les motivations de nos personnalités apeurées, plus nous créons collectivement un monde sophistiqué, compliqué, agité et conflictuel.

Soucieux de préserver l’illusion qu’il a d’être une entité personnelle et stable dans le temps, le Moi justifie ces conflits et cette agitation en prétendant qu’ils sont la norme, le prix d’un soi-disant progrès et la condition d’une vie heureuse. Produit par le mental, le Moi se ment à lui-même et aux autres pour imposer sa réalité – une réalité faite d’attachements et de croyances destinées à laisser le programme mental tourner en boucle sans tenir compte d’une réalité plus large et plus profonde. Notons au passage que le mot « mental » vient du latin mens qui signifie la pensée, l’intelligence (au sens de l’ensemble des capacité intellectuelles et psychiques) et qui a donné le verbe mentiri : mentir. Le programme du mental est un programme de survie. Il génère un bavardage incessant (dont on prend bien conscience lorsque l’on pratique la méditation) qui a pour fonction d’assurer la pérennité du sentiment d’exister en tant que Moi. Nous analysons, nous interprétons, nous comparons, nous regrettons, nous espérons, nous anticipons, nous projetons. Cette activité mentale continue nous maintient dans un état d’intranquillité. Elle crée une tension en nous qui doit pouvoir être contrebalancée régulièrement par de la détente car, lorsque cette tension perdure, notre organisme s’épuise et s’affaiblit. Le plus souvent, nous obtenons la détente nécessaire en effectuant quelques profondes respirations qui rééquilibrent l’activité du système nerveux autonome (composé d’une branche sympathique qui provoque une réaction de stress, et d’une branche parasympathique qui engendre une réaction de relaxation). Un autre moyen est de focaliser notre attention sur l’exécution d’une tâche bien particulière ou sur un divertissement qui accapare l’activité de notre mental et, de ce fait, la rend moins anarchique et plus apaisée. La détente qui s’en suit est automatique. Toutefois, elle n’est jamais aussi profonde ni aussi durable que celle que nous pouvons obtenir en apprenant à percevoir le silence et le calme qui résident au fond de nous.

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